Paul Bonhomme : bilan d'Abou Dhabi

Le triple champion du monde nous livre son analyse de la première épreuve de la saison

Abou Dhabi 2019 aura été une course pleine d'intrigue et de rebondissements. Cette année, on se souviendra d'abord du vent. Comme on le sait, et comme vous le diront tous les surfeurs de ces régions, le vent se transforme généralement en une légère brise maritime autour de l'heure du déjeuner (le vent vient de l'océan).

C'est ce qui se passe d'habitude depuis qu'on court ici et c'est pour cela qu'il n'est pas forcément idéal de s'entraîner le matin quand on court l'après-midi. Ce n'est pas la première fois qu'on voit le vent changer de sens le jour de la course, mais à Abou Dhabi, c'était inédit. Non seulement il venait du sud-est, mais il a soufflé assez fort pour impacter la course de la plupart des pilotes.

Quand on est pilote de course, on ne peut pas attendre le matin de la course pour voir comment se comporte le vent. Il FAUT parer à toutes éventualités de manière à ce qu'en entrant dans le circuit on sache exactement ce qui va se passer, les sensations auxquelles ont peut s'attendre et comment il faut placer son avion.

Tu auras beau dépenser des milliers d'euros pour rendre ton appareil plus rapide et gagner quelques dixièmes, si tu prends 2 secondes de pénalité parce que tu n'as pas anticipé la manière dont soufflait le vent, c'est vraiment une perte de temps (au sens propre du terme). Donc oui c'est essentiel d'avoir un avion rapide, mais il faut aussi éviter toutes erreurs, ne prendre aucune pénalité, rester bien à plat dans les portes, impeccable, sans monter ni descendre, et ne pas tirer trop de G... vous voyez ?

1. Il faut un pilotage précis et une tactique agressive, pas l'inverse
2. Les pilotes qui arrivent à rester précis sans être agressifs auront plus de chance de s'en sortir
3. On n'insistera jamais assez sur l'importance de l'entraînement mental avant et pendant les jours de courses
4. Prévoir un plan adapté à toutes les conditions du vent pour toujours avoir une solution sous le coude

Analyse des résultats des pilotes

14e Cristian Bolton
Point positif pour les fans chiliens, Cristian termine 2e des Essais libres 3, plutôt de bon augure juste avant les qualifications. Il ne commet aucune erreur en qualifs mais curieusement très loin de son temps des EL3. Au Round of 14, il est victime du vent qui surprend tout le monde en changeant de direction à 180° par rapport aux qualifications. Cristian fait partie des nombreux pilotes à s'être pris un vent arrière Porte 7, qui les a précipités dans leur virage... il encaisse 12,4 G et sort avec un DNF.

13e Ben Murphy
Toute la semaine Ben a piloté très intelligemment : il a réservé toutes ses erreurs pour les Essais libres et a sorti des qualifs impeccables. Sa tactique en qualification était également très bonne : Q1 « tranquille » puis il resserre sa VTM en Q2 et va chercher la 7e place. Le hic c'est qu'à la première manche le duel entre le 7e et le 8e est toujours serré. Normal puisque ces deux pilotes étaient en milieu de peloton la veille. Ben rencontre Matt Hall qui lui tend la victoire en passant la Porte 7 incliné (vent arrière de nouveau)... Ben nous a dit qu'il avait des problèmes d'instruments avant son run et que, plongé dans le travail, il n'avait pas vu que les autres se faisaient piéger Portes 6-7. Il tire trop de G après la 6 et heurte un pylône à la 7.

12e François Le Vot
François fait partie des quelques pilotes à avoir tenté un S après la chicane pour gagner du temps en tournant juste après la Porte 3. C'était osé et ça aurait aurait pu marcher en début de semaine. Et vu comment les autres s'en sont sortis en filant tout droit vers la 3 et en tirant en ligne droite, pas sûr que ça vaille le coup de se compliquer à aller chercher un S. Du coup erreur d'assiette Porte 3 et peu de temps gagné. Le Français est éliminé dès la première manche par un Velarde plus rapide.

11e Matthias Dolderer
Semaine intéressante pour Matthias : il a travaillé son S entre la chicane et la Porte 3 toute la semaine pour changer le jour des qualifs et tirer tout droit. Et à part son deuxième meilleur temps aux EL1, il a eu l'air d'avoir du mal à gérer son facteur de charge. Ça l'a miné pile au mauvais moment en Q2 et cette seconde de pénalité l'a relégué de la 2e à la 10e place en qualifications. Du coup, en tant que 10e des qualifications c'est lui qui est parti le premier le jour de la course et qui a découvert le problème de vent arrière à l'avant-dernier virage du run. Il commet une erreur d'assiette Porte 14 et offre la victoire à Mika Brageot. C'est l'exemple parfait de la petite erreur qui te ruine ton weekend.

10e Petr Kopfstein
Petr est passé si près ! Lors de la première manche du jour de la course, son erreur d'assiette Porte 14 (provoquée par un mauvais vent arrière) lui fait perdre 2 secondes et facilite la tâche à Goulian qui accède facilement au Round of 8. Si Petr n'avait pas commis d'erreurs, son chrono de 53,816 s lui aurait permis de mettre la pression à Mike Goulian. Comme quoi, il faut toujours éviter de commettre des erreurs, parce que même avec un moteur neuf, il était dans l'incapacité de faire un temps compétitif.

9e Pete McLeod
Pete sort de superbes qualifs et réalise le 2e meilleur temps. Seul problème, en parc fermé – son allumage moteur dépasse légèrement les limites autorisées (le calage magnéto ne doit pas dépasser 20-25 TDC). Rien d'intentionnel, mais cette infraction lui coûte ses 2 points gagnés en qualifications. Ce type de drame perturbe toujours un peu les weekends de courses, mais Pete a su rebondir et semble à fond contre Kirby au Round of 14. C'était sans compter sur ce fichu vent arrière qui embête tout le monde Portes 6 et 7. Pete corrige trop tard et prend 2 secondes de pénalité pour passage de la Porte 7 incliné. Cela prouve une nouvelle fois que les marges sont si minces qu'il faut absolument piloter à la perfection d'un bout à l'autre du run.

8e Kirby Chambliss
Team Chambliss doit maudire cette Porte 3 négociée une fraction de seconde trop tôt pendant le Round of 8. D'autant que c'était prendre un risque inutile. Kirby était parti pour gagner son duel et il aurait dû se préserver jusqu'au Final 4. Surtout que Nicolas Ivanoff n'avait posté un temps particulièrement bon. Comme on l'a déjà vu, l'entraînement mental à chaque run doit être parfait et reproductible en vol.


La semaine prochaine Paul Bonhomme nous donnera son analyse des vols des 7 meilleurs pilotes d'Abou Dhabi...

 

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